Stage avec Alizée Froment : ce que je retiens

Je suis sur la route des vacances en juillet 2020 quand je tombe sur cette nouvelle : Cheval Ami organise en septembre un stage dressage et liberté avec Alizée Froment au Haras de Bory, à 1h environ de chez moi.

J’ai découvert Alizee il y a quelques années seulement et elle ne donnait plus de stages et cours alors quand j’ai vu qu’elle passait dans mon département pour un week-end exceptionnel je n’ai pas réfléchi longtemps et pris ma place d’auditrice.

Je suis plutôt cavalière d’obstacle à la base mais j’ai une grande admiration pour cette dresseuse. Elle parvient à démontrer qu’on peut être dans le mouvement juste biomécaniquement parlant tout en faisant preuve de légèreté et sans artifices. Elle est capable de monter en filet, bride, cordelette, filet sans mors…

Le 20 septembre, je me suis donc levée trèèèès tôt pour être au Haras de Bory avant 7h30, heure à laquelle démarrait le stage. Certains participants et auditeurs étaient déjà présents la veille. Quant à moi je découvre le programme : une dizaine de cavaliers, beaucoup pour du dressage et peu pour du travail à pied. Moi qui suis plutôt CSO/Hunter mais qui m’intéresse bien sûr de près au dressage, j’ai bien envie de voir comment Alizée travaille pour parvenir au plus haut niveau.

Nous avons donc assisté à 11 séances sur la journée, et j’ai choisi de résumer ce que je retiens de cette journée en 5 points.

1. Travail à pied : apprendre le piaffer à son cheval

Apprendre le (vrai) piaffer au cheval me semble assez inaccessible quand on n’a pas un cheval vraiment bien mis en dressage, rassemblé et capable de passer les postérieurs sous la masse en abaissant les hanches.

Avec le premier cavalier de la journée, Alizée nous a expliqué comment elle apprend au cheval à faire cela en travaillant d’abord à pied. Elle utilise le stick sur les postérieurs pour apprendre au cheval à les ramener sous sa masse. C’est donc du renforcement négatif classique. Attention, pour avoir in fine un piaffer juste, l’enjeu ici n’est pas de faire bouger les postérieurs en alternance, mais bien d’avoir l’abaissement de hanches avec le postérieur qui s’avance. La première option n’aboutirait qu’à un piètre piaffer artificiel…

On a clairement vu une progression du cheval au cours de la séance qui a duré 30 minutes. Au départ, il allait contre la pression en balançant le postérieur, ce qui a valu à Alizée de prendre un coup. A la fin, il ramenait les postérieurs vers les antérieurs.

C’était donc intéressant de voir comment Alizée s’y prend, mais je suis restée interrogative sur ce travail : ne faut-il pas avoir un cheval avec déjà un certain niveau en dressage pour que le mouvement soit juste et facile pour lui ? J’aurais également aimé comprendre les aides utilisées pour obtenir un piaffer monté.

2. Dressage : la recherche du travail juste

6 des 11 séances étaient axées sur un travail en dressage. J’ai vraiment apprécié entendre Alizée parler de mouvements justes. J’ai senti une réelle recherche de la qualité du mouvement plus que du mouvement lui-même.

Les séances étaient construites autour d’un travail de préparation. L’enjeu a beaucoup été de solliciter l’engagement du postérieur sous la masse pour voir le cheval travailler juste ensuite.

Cela passait par beaucoup d’alternances de cercles, de cessions et appuyers, d’épaules en avant de travail longitudinal sur des transitions intra-allures, … Grâce à ce travail, on a pu constaté que certains chevaux au départ enfermés se sont allongés dans l’encolure et que les étirements rendaient les chevaux à la fois disponibles et posés.

J’ai par ailleurs été interpellée par les cessions à la jambe : peu de croisement, mais beaucoup de flexion. Alizée demandait vraiment à ce que le cheval soit ployé autour de la jambe opposée au mouvement. Cela me faisait penser à une épaule en avant sur la diagonale. J’avoue que ce n’est pas comme cela que je l’ai apprise/pratiquée, enseignée, j’ai donc retenu cet exercice pour en faire une option à part entière dans le travail sur les cessions.

3. Travail des changements de pied

Un autre point que j’ai retenu du stage, c’est la phrase d’Alizée au sujet des changements de pied : « tant que le cheval n’est pas capable de galoper à juste et à faux en gardant le même galop (même cadence et même équilibre), il n’est pas envisageable de changer de pied ». Cela rejoint ce que m’avait dit Catherine Henriquet lors d’un cours, et va à l’encontre de ce que nous faisons souvent avec nos chevaux de CSO : leur apprendre rapidement à changer de pied pour être efficaces en parcours.

Pour aller vers le changement de pied, Alizée a fait travailler les cavaliers sur des enchainements comprenant par exemple des cessions, du galop à faux, des épaules en avant à faux (ce que je n’avais jamais vu ailleurs !) ou des demi-voltes.

4. Travail à pied : nouveaux exercices & d’autres façons de faire

Nous avons assisté à 3 séances de travail à pied sur 11 séances au total (en dehors de celle autour du piaffer), ce qui fait peu pour se rendre compte de la méthode d’Alizée.

J’ai apprécié découvrir sa façon de faire, différente de ce que j’ai déjà pu apprendre. Cela m’a permis de constater encore une fois qu’il y a plusieurs façons d’arriver à un même but.

Alizée a fait travailler les cavaliers sur leur dynamisme à pied pour imprimer du rythme chez leur cheval. La notion d’énergie est en effet importante, par exemple dans l’exercice du mener.

J’ai enfin apprécié l’idée d’Alizée qui était de dire que beaucoup de gens pensent que le travail en liberté ne va pas marcher… donc ça ne marche pas. Même si elle en a peu parlé au cours de la journée, j’ai relevé cette notion autour de l’état d’esprit du cavalier.

Elle a également précisé qu’il fallait laisser aux chevaux l’opportunité de faire une erreur, puis de corriger. C’est une notion qu’on retrouve chez tous les professionnels du travail en liberté que j’ai croisés.

5. Séance de dressage en cordelette

Cette séance a probablement été ma préférée. Il s’agissait d’une cavalière et d’un cheval que je croise régulièrement en Hunter.

Pour poser les bases, Alizée a fait démarrer la séance en filet, sur un travail latéral (incurvation) et longitudinal (transitions). La cavalière a ensuite laché le filet pour prendre la cordelette et vérifié qu’elle pouvait s’arrêter, puis Alizée a retiré le filet.

La cavalière a alors enchainé arrêts, épaules en avant, cercles, doublers, cessions en cordelette. Le travail était juste, le cheval très à l’écoute. Une belle démonstration pour moi qui n’en suis pas encore à ce niveau ! La cordelette est un excellent outil et elle a ici révélé un problème de mains chez la cavalière : les départs au galop étaient moins heurtés en cordelette qu’en filet.

Une séance instructive et agréable à regarder.

Bilan global du stage avec Alizée Froment

J’ai apprécié cette journée pour découvrir « en vrai » l’approche d’Alizée. Quand une cavalière de dressage est capable de dérouler les mouvements de haute école en cordelette à cru, il y a forcément des choses à apprendre d’elle !

J’ai notamment aimé :

  • l’absence de notion de « méthode », avec une approche assez intuitive, même si je pense qu’elle est structurée dans la tête d’Alizée

  • le calme, la douceur et la positivité d’Alizée. L’absence de remarques négatives, un guidage bienveillant et des remarques simples et accessibles ont rendu les séances agréables et toujours avec des résultats probants

  • le goût des mouvements justes et bien réalisés avant tout. C’est bête, mais ce n’est pas toujours le cas même avec des grands noms !

  • l’adaptabilité d’Alizée à chacun des couples : là encore, je pense qu’elle a sa méthode rodée et on remarquait un tronc commun assez fort dans toutes les séances, mais elle prenait chaque couple là où il en était, s’informait sur les objectifs et difficultés rencontrées, puis adaptait le contenu de la séance à chacun.

  • le focus sur l’énergie, tant chez le cavalier que chez le cheval

J’ai aussi été surprise par quelques points :

  • l’absence de théorie. Je pensais que les séances seraient accompagnées du « pourquoi » on fait comme ça, ou de notions éthologiques (renforcement négatif, progressivité de la demande etc…). Ce n’était peut être simplement pas l’objet ici, ou alors le choix d’Alizée de se concentrer sur le « comment ».

  • la quasi totalité des chevaux présents étaient travaillés montés en bride. Comme d’autres outils, tout dépend de comment est utilisée la bride et je ne la diabolise pas. Mais cela m’a fait m’interroger sur la nécessité de la bride, n’étant pas experte je me suis demandée s’il fallait passer par la bride pour éduquer un cheval à haut niveau en dressage (car elle offre un nombre d’actions bien plus important qu’un mors de filet). Mais je me suis aussi réjouie de voir certaines cavalières en filet simple (dont une sans noseband).

  • j’aurais beaucoup aimé voir plus de travail en cordelette / en liberté / de haute école sur l’ensemble de la journée. J’essaierai de guetter si Alizée propose d’autres stages en France à l’avenir, peut être plus axés encore sur ces thématiques.

Cette journée fut une bonne expérience. Se rendre compte que les plus grands dresseurs passent par le même travail quotidien « de base » que nous, mais aussi des mouvements & enchainements plus complexes pour aller vers le haut niveau, donne de nouvelles perspectives. J’aurais beaucoup aimé être participante avec ma jument pour recevoir des conseils personnalisés d’Alizée, même si le niveau était tout de même supérieur à notre niveau de dressage. Enfin, comprendre l’approche d’un autre professionnel du monde équestre, ici à la croisée du spectacle et du dressage, se révèle forcément enrichissant. J’ai d’ailleurs appliqué dès le jour même certaines notions vues pendant la journée, et garde à l’esprit les conseils d’Alizée depuis.