5 leçons que je tire du confinement pour le secteur équestre

Après 2 mois de confinement, l’activité reprend enfin un peu partout dans les centres équestres. L’urgence est à la reprise et à l’organisation des mesures sanitaires. En parallèle, j’ai souhaité prendre du recul et analyser ce que le confinement pouvait apporter comme pistes de réflexion à notre secteur.

LA VIE AU BOX NE PEUT PLUS ÊTRE LA NORME

D’après l’IFCE, le logement en box est le plus répandu. Cela est d’autant plus vrai dans les centres équestres et aux abords des grandes agglomérations, où les structures manquent de terrain.

Le confinement a prouvé que ce mode de vie, qui n’est déjà pas respectueux des besoins fondamentaux du cheval s’il est l’unique mode d’hébergement du cheval, n’est pas une solution pérenne et viable pour l’avenir. En cas de crise comme celle du covid19, la clientèle ne peut plus accéder aux installations et les chevaux se retrouvent eux aussi confinés. Certaines structures, en région parisienne par exemple, ne dispose d’aucun paddock, pour plus de 50 chevaux à sortir quotidiennement. Comment peut-on assurer le bien-être physique et mental de la cavalerie si les sorties dépendent uniquement des cavaliers présents en cours « en temps normal » ? Le personnel ne peut pas toujours assurer les sorties et le travail de la cavalerie seul, et les espaces manquent pour pouvoir « lacher » les chevaux et poneys au moins quelques heures par jour. Cela a créé des situations difficiles pour de nombreux professionnels.

De nouveaux modes d’hébergement doivent émerger. Pendant le confinement, rien n’a changé dans les prés, les écuries actives, paddock paradise et autres modes d’hébergement ouverts : les chevaux ont continué à vivre en liberté, en groupe, avec de l’herbe et/ou des fibres à volonté. Avec une personne assurant les soins nécessaires, leur bien-être était assuré dans la plupart des cas.

Facile à reproduire dans tous les centres équestres et écuries ? Non ! Mais doit-on pour autant renoncer à vouloir changer les choses ? Ce n’est pas parce qu’on ne peut pas tout faire qu’on ne doit rien faire. La réflexion doit être engagée. Des pays comme la Suisse sont en avance sur nous sur ces sujets et il est temps, en tant que grande nation équestre, d’oser faire bouger les lignes.

L’EQUITATION, CE N’EST PAS JUSTE MONTER A CHEVAL

Ceux qui possèdent leurs chevaux chez eux ou au pré et en assurent le gardiennage ont pu continuer à les soigner et les nourrir. Pour les autres, il y a eu absence de contacts pendant de longues semaines. Si le confinement a montré une chose, c’est que les chevaux ont beaucoup manqué à leurs propriétaires et c’est bon signe !

Ce manque a provoqué une prise de conscience chez pas mal de cavaliers et peut donner à réfléchir à d’autres. Est-ce mon cheval qui me manque en tant qu’être vivant, compagnon, ami ou « simplement » le fait de monter à cheval ? Chacun ses motivations, mais je crois personnellement à une équitation qui ne se réduit pas à monter à cheval mais qui explore la relation homme-cheval.

Post-confinement, je pense donc que les cavaliers vont prendre le temps de plus profiter de moments avec leurs chevaux. Que la séance montée ne sera plus la seule source de plaisir, mais que la relation aura repris du sens. Je vais pour ma part veiller à transmettre cette idée à mes cavaliers encore plus que d’habitude, y compris en centre équestre. Je souhaite également continuer à varier mon propre travail avec les chevaux.

NOUS DEVONS (RE)PRENDRE LE TEMPS AVEC NOS CHEVAUX

Pour certains professionnels, ce confinement a été l’opportunité pour reprendre du temps pour monter à cheval, travailler la cavalerie de club, ou juste profiter de leurs chevaux. Pour d’autres, la situation a été très compliquée à gérer.

Certains cavaliers ont profité du confinement avec leur cheval au pré ou chez eux. Tandis que pour d’autres, la séparation a été longue et éprouvante.

Le confinement a donné au temps une nouvelle valeur, que chacun pourra appréhender différemment désormais. (Re)prendre le temps avec nos chevaux est un enjeu à part entière, comme elle l’est dans notre vie quotidienne, personnelle et professionnelle.

Je ne dis pas que c’est facile, je ne dis pas que le changement doit être radical et visible du jour au lendemain. A chacun son rythme, à chacun ses priorités. Mais je suis convaincue que l’équitation de demain est celle où nous prendrons davantage le temps d’être avec nos chevaux, de voir la relation progresser doucement et de savourer le plaisir d’être ensemble avant tout. Celle de la Slow Equitation. Et je vais en faire un objectif dans ma propre pratique et mon enseignement.

LE MONDE ÉQUESTRE DOIT TROUVER DE NOUVEAUX MODÈLES DE RENTABILITÉ

L’une des conséquences les plus inquiétantes du confinement est la difficulté économique dans laquelle sont plongés de nombreuses structures. Les trésoreries ont été éprouvées, certains centres équestres ont du demander de l’aide pour nourrir leur cavalerie et nous avons déjà vu les premières faillites et ventes aux enchères apparaître sur les réseaux sociaux.

Nous mettrons des mois, peut-être des années, à évaluer précisément les conséquences de la crise sur le secteur. Avec des humains et des équidés qui se retrouveront en grande difficulté, malgré les beaux élans de solidarité qui ont vu le jour un peu partout et permis de soutenir les plus atteints.

Cela peut être l’occasion de réfléchir à de nouveaux leviers de rentabilité, pour renforcer les trésoreries et être plus sereins face à l’avenir.

Je n’ai pas de solution clé-en-main, mais j’imagine une réfléxion globale qui prendrait en compte :

  • le bien-être humain du personnel
  • le bien-être animal des équidés
  • les évolutions du marché, de l’économie et de la clientèle
  • le rôle des institutions dans la recherche de nouveaux modèles et l’accompagnement de la filière
  • la santé économique de la filière et des acteurs

L’étude prospective de l’INRA et de l’IFCE proposait plusieurs scénarios possibles sur l’évolution du secteur à l’horizon 2030, qu’il conviendrait d’envisager plus concrètement pour préparer le secteur. Adapter l’offre, transformer les modèles économiques, trouver des synergies… Je suis convaincue que le secteur équestre peut avoir un bel avenir devant lui s’il accepte de se renouveller.

LE SECTEUR EQUESTRE DOIT SE DIGITALISER

Une conséquence visible de ce confinement est la digitalisation qui a gagné tous les secteurs : formation en ligne, automatisation de certaines tâches, travail à distance… La digitalisation, ce n’est pas remplacer les métiers existants par des robots ! Il s’agit d’introduire le digital dans le quotidien de ces métiers, et s’appuyer dessus pour développer de nouveaux services, de nouveaux produits, de nouvelles façons de travailler.

En tant que spécialiste du marketing digital, il me semble tout à fait possible de digitaliser le milieu équestre. Le coaching à distance, sur vidéos notamment, a fait ses preuves pendant le confinement. Des enseignants ont organisé des live pour échanger autour de leur métier, parler de leur vision de la crise et resserrer les liens entre collègues. Des blogs ont proposé des accès gratuits à leurs formations en ligne…

Beaucoup de professionnels du secteur voient le digital comme un ennemi, ou un gadget inutile. Je pense au contraire qu’il peut permettre au secteur de trouver de nouveaux relais de croissance, leviers de rentabilité et une nouvelle façon de rassembler ses acteurs tout en favorisant le partage.

Le digital peut être un outil puissant, sans pour autant déshumaniser le secteur. Rien ne remplacera jamais l’échange avec un enseignant, le lien avec l’animal, les sensations ressenties dans le mouvement du cheval et l’aspect social qui caractérisent notre sport. Mais nous pouvons utiliser le digital pour renforcer ces liens, pour développer la culture équestre, pour continuer à former les enseignants tout au long de leur carrière…

Des entreprises comme Equisense, Seaver, HorseRepublic, BloomingRiders, NowKey ou Horsealot prouvent qu’il existe une demande à laquelle le digital peut répondre. Il reste encore beaucoup d’outils à créer pour aider cavaliers, enseignants, centres équestres et autres acteurs de la filière.

Cette période de confinement et plus globalement l’apparition du coronavirus a créé une période très particulière pour l’économie. Face à l’urgence climatique, aux crises économiques et sanitaires mais aussi à l’évolution du marché et des moeurs, le secteur équestre doit anticiper les besoins de demain pour s’adapter. Ces quelques pistes de réflexion constituent une base de départ intéressante pour réinventer l’équitation de demain.